
Il y a dix ans, le suivi-évaluation était encore perçu par beaucoup de porteurs de projets comme une contrainte administrative imposée par les bailleurs. En 2026, c’est devenu une condition sine qua non d’accès au financement. Les organisations qui ne maîtrisent pas leurs mécanismes MERL — Monitoring, Evaluation, Research and Learning — sont systématiquement écartées. Voici pourquoi et comment changer la donne.
Le suivi-évaluation : d’outil de contrôle à levier stratégique
La transformation du suivi-évaluation (S&E) en exigence centrale des bailleurs de fonds n’est pas le fruit du hasard. Elle répond à une crise de confiance profonde dans l’efficacité de l’aide au développement — documentée par de nombreuses études internationales qui montrent que des milliards de dollars ont été investis sans que les résultats sur le terrain soient clairement mesurés ni attribuables aux interventions financées.
Face à cette réalité, les grands bailleurs — AFD, Union Européenne, USAID, Banque Mondiale, agences onusiennes — ont progressivement intégré le S&E comme critère de sélection et de suivi obligatoire. Un projet sans plan de suivi-évaluation solide, sans indicateurs SMART et sans mécanismes de collecte de données définis dès la conception, n’a aujourd’hui aucune chance d’être retenu.
Les composantes d’un système MERL efficace
Monitoring : le suivi continu des activités et des résultats
Le monitoring désigne le suivi régulier et systématique de l’avancement des activités par rapport au plan prévu. Il repose sur des indicateurs de processus — taux d’exécution des activités, nombre de bénéficiaires atteints, respect du calendrier — collectés à intervalles réguliers tout au long de la mise en œuvre.
Un bon système de monitoring permet de détecter rapidement les écarts entre le prévu et le réalisé, d’identifier les obstacles opérationnels et d’ajuster la mise en œuvre avant qu’il ne soit trop tard. C’est la première ligne de défense contre les dérapages de projet.
Évaluation : mesurer l’impact réel selon les critères DAC
L’évaluation va bien au-delà du monitoring. Elle examine dans quelle mesure le projet a atteint ses objectifs, produit les changements attendus dans la vie des bénéficiaires, et utilisé ses ressources de manière efficiente. Elle s’appuie sur les six critères DAC de l’OCDE — pertinence, cohérence, efficacité, efficience, impact et durabilité.
Une évaluation sérieuse utilise une approche mixte combinant données quantitatives — enquêtes représentatives, mesure d’indicateurs — et données qualitatives — entretiens approfondis, groupes de discussion, observations terrain. La triangulation de ces sources est ce qui garantit la fiabilité des conclusions.
Research and Learning : transformer les données en intelligence collective
Le « R » et le « L » de MERL sont souvent les dimensions les plus négligées. Pourtant, ce sont elles qui distinguent les organisations apprenantes des organisations qui répètent les mêmes erreurs d’un projet à l’autre.
La recherche opérationnelle consiste à analyser les données collectées pour identifier ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas et pourquoi. L’apprentissage consiste à capitaliser ces enseignements et à les intégrer systématiquement dans la conception des interventions futures — et à les partager avec la communauté du développement.
Les erreurs les plus fréquentes dans les systèmes S&E
La première erreur est de concevoir le système de S&E après la validation du financement, et non pendant la conception du projet. Sans données de référence (baseline) collectées avant le démarrage des activités, il est impossible de mesurer les changements produits par l’intervention.
La deuxième est de confondre indicateurs de moyens et indicateurs de résultats. « Nombre de formations organisées » est un indicateur de moyen. « Pourcentage de bénéficiaires ayant amélioré leurs pratiques six mois après la formation » est un indicateur de résultat. Les bailleurs veulent des résultats, pas des activités.
La troisième est l’absence de plan de collecte de données détaillé — précisant qui collecte quoi, quand, auprès de qui et avec quel outil. Sans ce plan, la collecte devient improvisée, les données sont incomplètes et les rapports finals ne répondent pas aux attentes des bailleurs.
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